Reportage

« Zone Interdite : ni fille, ni garçon : enquête sur un nouveau genre », dimanche 10 janvier 21:05 sur M6

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22% des Français entre 18 et 30 ans ne se sentent ni homme ni femme 

De plus en plus de jeunes se disent neutres, genderfluid, a-genre, ou non-binaires. Ils ne se reconnaissent dans aucun des deux genres « classiques ». 

C’est un chiffre étonnant : 22% des Français entre 18 et 30 ans ne se sentent ni homme ni femme (sondage IFOP). De plus en plus de jeunes se disent neutres, genderfluid, a-genre, ou non-binaires. Ils ne se reconnaissent dans aucun des deux genres « classiques », ce qui cause parfois un profond désarroi dans les familles. Ce phénomène en pleine expansion, est-il une tendance éphémère ou une mutation profonde de notre société ?

Dans les médias, les célébrités sont de plus en plus nombreuses à déclarer n’être ni homme, ni femme. En France, c’est Bilal Hassani qui a ouvert la voie en apparaissant avec une longue perruque blonde et un costume androgyne sur la scène de l’Eurovision. La chanteuse de Christine and the Queens a changé de prénom, elle est devenue Chris, et s’est déclarée de genre neutre. Aux Etats-Unis, l’actrice de la série « Orange is the New Black », Ruby Rose, déclare être non-binaire, comme la chanteuse Miley Cyrus ou l’actrice de Grey Anatomy, Sara Ramìrez.

À Romorantin-Lanthenay, dans le Loir-et-Cher, Cloé, 21 ans, se sent neutre. Elle ne veut pas changer de sexe, mais a entamé une procédure pour modifier son identité à l’état-civil. Elle a décidé de s’appeler Cami, un prénom sans genre défini. Sa famille a du mal à comprendre sa démarche et s’inquiète beaucoup pour elle. Cami se bat également pour que le genre neutre soit mentionné sur ses papiers d’identité, comme le masculin ou le féminin. Un combat que son avocat espère gagner un jour : une dizaine de pays dans le monde ont déjà franchi ce pas.

En France, le genre est désormais le second sujet de préoccupation chez les 15-30 ans, juste après l’environnement. De nouvelles icônes émergent, comme Fabian : sur les réseaux sociaux quatre millions de fans suivent ce jeune Montpelliérain de 19 ans qui bouscule les codes du genre avec ses tutos de maquillage. Il fait partie des dix influenceurs français les plus suivis. Soutenu par sa famille et par sa communauté d’abonnés, il a su faire de sa différence un business : il a signé des partenariats avec une dizaine de marques comme Sephora, la Roche-Posay ou encore Milka.

En revanche pour Théo, 16 ans, se faire accepter est un combat. Menacé dans sa cité, il est aussi mis au ban par son père et son frère aîné car il oscille entre masculin et féminin et aime se maquiller. Sa mère et son amie Bintou sont ses principaux soutiens. Pourtant Théo a décidé de s’affranchir des jugements et s’apprête à faire sa rentrée au lycée avec des ongles vernis et une perruque à longs cheveux bruns. Comment sera-t-il accueilli dans son nouvel établissement ?

Parmi les genderfluids, certains sont gays, d’autres bisexuels, d’autre encore sont hétérosexuels. Aux Etats-Unis, cette tendance a émergé il y a une dizaine d’années. Désormais bien ancrée, Kayvon 37 ans en est une figure de proue. Depuis l’enfance, il ne se sent ni homme, ni femme. Il est marié depuis dix ans avec Anna et ils attendent leur troisième enfant. Ses deux aînés, une petite fille et un petit garçon se sentent chacun bien dans leur genre et Kayvon s’en réjouit. Etre genderfluid lui a parfois porté préjudice, il a eu du mal à se faire accepter par ses beaux-parents. Aujourd’hui il a fondé une agence de mannequins neutres qui cartonne car toutes les marques collent à cette nouvelle tendance. En France, par exemple, le Printemps a créé un département de mode non-genrée qui prend de plus en plus d’ampleur.

Allons-nous vers un monde sans genre ? La Suède tente l’expérience depuis plus de vingt ans. Dans ce pays nordique, une loi oblige les écoles à ne pas genrer les élèves depuis 1998. Mika, 8 ans, est né garçon mais se sent neutre. Il tient à ce que l’on s’adresse à lui en utilisant « hen » un pronom neutre spécifiquement créé par les Suédois, entre le « il » et le « elle ». Dans son école cela ne pose aucun problème, plusieurs enfants sont dans ce cas. L’établissement s’est adapté : les toilettes sont mixtes, les neutres ont un vestiaire spécial pour le sport et en cours de biologie le genre est gommé. Mais là-bas, certains psychologues commencent à critiquer cet excès de neutralité.

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